2. Les HLM : une bouée de sauvetage Nous reproduisons ici un article de Gabrielle Duchaine du journal La Presse :Les HLM sont une bouée de sauvetage ! Cindy avait témoigné lors de notre Assemblée publique sur le besoin de nouveaux HLM. Son histoire est touchante et nous montre à quel point on a un besoin urgent de nouveaux HLM. Autre point intéressant, c'est grâce à notre victoire pour que la colocation soit possible en HLM que Cindy et son colocataire ont enfin pu avoir leur logement social !
Cindy Thomas a eu les clés de son nouvel appartement le 25 juin, après plus de six ans d’attente pour une place en HLM. Une attente cauchemardesque, dans un immeuble infesté de vermine, souvent sans chauffage et sans eau chaude.
« Enfin, je ne me sentirai plus comme une victime. Enfin, je ne serai plus en colère », dit la femme de 62 ans.
Mme Thomas nous reçoit dans son appartement d’une chambre du boulevard Édouard-Montpetit, dans le quartier Côte-des-Neiges, où elle vit depuis 2013 avec un colocataire. Lui est sur la liste d’attente pour un HLM depuis 13 ans. Il a reçu une offre pour un logement d’une seule chambre en 2017, mais a préféré refuser, en sachant qu’il attendrait plus longtemps, et modifier sa demande pour ajouter le nom de son amie.
« Il s’est rendu compte que je serais dans une situation encore plus précaire sans lui », dit cette dernière.
Des années difficiles Dans le logement de Cindy Thomas, les piles de boîtes de carton lui arrivent jusqu’aux épaules. Le jour de notre rencontre, le déménagement approche à grands pas. « Je dois me pincer pour y croire. » Ça fait une quinzaine d’années que son colocataire et elle s’accommodent d’un appartement d’une chambre. Malgré leur âge, ils dorment à tour de rôle sur un futon dans le salon. « On n’est pas un couple », souligne la locataire. Le changement sera radical.
Comme eux, 30 224 ménages québécois patientent pour une place en HLM. Le temps d’attente moyen est de trois ans pour les aînés et de cinq ans pour les familles, selon des chiffres de la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec. « Les gens nous appellent. Ils sont à bout de ressources. Ils veulent une solution maintenant », raconte la coordonnatrice de l’organisme, Patricia Viannay.
Mme Thomas et son coloc arrivent à peine à joindre les deux bouts. Lui est photographe à son compte ; elle, ancienne aide à domicile pour un CLSC, maintenant invalide. Ils n’ont aucunes économies. Tout passe dans les dépenses quotidiennes. Le loyer a augmenté de plus de 300 $ depuis qu’ils vivent ici. Ils étaient déjà serrés à l’époque. Les revenus n’ont pas suivi. Depuis qu’il a 65 ans, l’homme reçoit une pension gouvernementale qui leur a donné un tout petit peu d’air. Ils mangent beaucoup de légumineuses. Ils achètent en vrac. Mais pour la sexagénaire, les difficultés financières ne sont rien comparativement au stress causé par ses conditions de vie. « Ce n’est pas l’attente qui est difficile. C’est la manière dont on attend. »
« Les gens gelaient » En 2021, un nouveau propriétaire a acheté l’immeuble où elle vit. « Depuis, c’est l’enfer », dit-elle.
La première année, elle a remarqué qu’il faisait plus froid dans son appartement. « Les gens gelaient. Une voisine âgée pleurait tellement elle avait froid. » Chez elle, Cindy Thomas a installé des chauffages d’appoint. Sa facture d’électricité a doublé. « Ça a eu un impact financier pour nous. »
Et il y a eu l’eau chaude. « Il y avait des mois entiers où on en manquait. » Elle se plaignait. Ses propriétaires lui répondaient qu’ils « travaillaient là-dessus », dit-elle. Dans le logement de Cindy Thomas, les piles de boîtes de carton lui arrivent jusqu’aux épaules.
Pour réussir à prendre un bain chaud, il fallait faire couler l’eau chaude dans la cuisine en même temps que dans la baignoire, puis attendre cinq minutes avant que la température devienne décente. Le même manège était nécessaire en sens inverse pour laver la vaisselle. C’est sans compter les problèmes de vermine. Souris, coquerelles. Depuis deux ans, affirme la femme, les propriétaires demandent aux locataires de payer pour l’extermination. Les machines à laver mises à la disposition des locataires sont brisées la moitié du temps, selon elle. Quand le frigo a lâché, le propriétaire a refusé de le remplacer.
« Qui veut vivre comme ça ? On ne devrait pas avoir à vivre comme ça. »
Enfin, un brin d’espoir Bien sûr, Cindy Thomas a voulu déménager. « Mais on ne pouvait rien payer d’autre. On était coincés ici. Je priais pour que notre demande pour un HLM porte fruit. »
L’appel de l’Office municipal d’habitation de Montréal est arrivé comme une bouée. « J’ai presque pleuré. Je n’en pouvais plus. » L’immeuble où elle emménage est « très beau, super propre », se réjouit-elle. Elle aura sa propre chambre. Son intimité. Elle sait qu’elle sera bien.
« C’est un immense cadeau, mais ça n’aurait pas dû prendre autant de temps », dit-elle.

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