Le réchauffement planétaire s’accélère plus vite que prévu (nouvelle étude)

PHOTO VIOLETA SANTOS MOURA, ARCHIVES REUTERS
Un avion bombardier à eau survole un incendie de forêt à Castelo Novo, au Portugal, en août dernier.
Les craintes de plusieurs scientifiques se confirment : la planète se réchauffe beaucoup plus vite que prévu depuis 10 ans, conclut une nouvelle étude. Et des données récentes indiquent l’arrivée plus que probable d’un « Super El Niño » de forte intensité d’ici la fin de l’année.
Des scientifiques réputés se sont inquiétés ces derniers mois de voir le réchauffement planétaire s’accélérer davantage. Une étude parue le 6 mars dans la revue Geophysical Research Letters confirme leurs appréhensions : depuis 2015, le rythme du réchauffement planétaire s’est accéléré de façon significative.
Les auteurs de l’étude, le spécialiste des données climatiques Grant Foster et le climatologue allemand Stefan Rahmstorf, rappellent que la planète se réchauffait en moyenne de 0,2 degré par décennie depuis le début des années 1970. Or, depuis 2015, le rythme du réchauffement s’est accéléré à 0,35 degré par décennie, concluent-ils.
La vitesse à laquelle le monde se réchauffe a donc presque doublé en seulement 10 ans, indiquent les deux scientifiques.
Ironiquement, c’est en 2015 que l’Accord de Paris a été adopté, fixant comme objectif de ne pas dépasser le seuil de réchauffement de 1,5 degré Celsius par rapport au niveau observé au début de l’ère préindustrielle.
« Il existe aujourd’hui un consensus assez large, voire quasi universel, sur le fait que le réchauffement s’est accéléré de manière perceptible ces dernières années », a déclaré le climatologue américain Zeke Hausfather, en entrevue avec le quotidien The Guardian.
« Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il [le réchauffement] est plus élevé qu’auparavant. Le problème, c’est que nous n’avions pas pu le prouver statistiquement », a affirmé Grant Foster, coauteur de l’étude, au média spécialisé Carbon Brief.
Le célèbre climatologue américain James Hansen était de ceux qui s’attendaient à un réchauffement plus rapide. Il a répété sur plusieurs tribunes que les prévisions du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) étaient probablement trop prudentes. Selon une analyse qu’il a publiée récemment, la barrière des 2 degrés de réchauffement pourrait être franchie avant la fin de la prochaine décennie, soit environ 15 ans avant les prévisions du GIEC.
Les résultats de cette nouvelle étude parue dans la revue Geophysical Research Letters Research Letters montrent que le réchauffement observé pendant la dernière décennie est le plus important depuis le début de l’ère préindustrielle.
Avec ce nouveau rythme, la barrière du 1,5 degré sera officiellement franchie au plus tard d’ici 2029, estiment les deux scientifiques.
Un nouvel El Niño, déjà
Fait à noter, les auteurs de l’étude ont exclu de leur analyse les facteurs externes qui influencent le réchauffement, comme le phénomène El Niño qui pousse les températures à la hausse.
El Niño est un phénomène naturel qui se produit à quelques années d’intervalle. Il dure généralement de 9 à 12 mois. En gros, l’eau de surface dans le sud de l’océan Pacifique se réchauffe, entraînant des précipitations et des températures à la hausse dans certaines régions du monde. Ironiquement, cela provoque des conditions plus humides dans certaines régions et plus sèches dans d’autres.
On savait déjà qu’un nouvel épisode El Niño était attendu au cours des prochains mois, moins de deux ans après l’épisode de 2023-2024. Une nouvelle surprenante puisque ces évènements sont espacés en moyenne de trois à cinq ans dans les archives historiques, rappellent les experts.
Mais selon les plus récentes données du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, le prochain épisode risque maintenant d’être un phénomène de forte intensité, voire un « Super El Niño » plutôt qu’un El Niño modéré comme on l’anticipait au départ.
Les modèles de prévision indiquent en effet une probabilité élevée (60 à 80 %) de voir émerger un épisode El Niño de forte intensité, sinon un « Super El Niño » d’ici la fin de l’année 2026.
Le dernier « Super El Niño », en 2016, avait poussé les températures mondiales vers un nouveau record à l’époque. Les scientifiques prévoient maintenant que l’année 2027 deviendra la plus chaude jamais enregistrée, dépassant par une bonne marge les records de 2023 et de 2024.
« Ouf. Tous les signes indiquent de plus en plus un phénomène El Niño important, voire très fort. J’en dirai plus dans les semaines et les mois à venir, mais pour l’instant, je me contenterai de dire qu’il est de plus en plus probable que ce phénomène devienne un facteur climatique majeur à l’échelle régionale et mondiale en 2026-2027 », a écrit récemment le climatologue américain Daniel Swain sur le réseau X.
Sources : Carbon Brief, The Guardian, The Washington Post
Lisez l’étude sur l’accélération du réchauffement planétaire (en anglais)Les sécheresses éclairs de plus en plus fréquentes
Une autre étude parue également le 6 mars indique que les vagues de chaleur qui se concluent par des sécheresses sont de plus en plus fréquentes. En gros, ces épisodes de chaleur intense évacuent l’humidité dans les sols beaucoup plus rapidement qu’avant, provoquant des « sécheresses éclairs ». Celles-ci surviennent en seulement quelques jours à quelques semaines. L’étude parue dans la revue Science Advance identifie les principales régions du monde où ce phénomène est le plus intense : l’ouest du Canada et des États-Unis, le sud du Brésil et certaines régions de l’Afrique centrale.
Source: https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-03-11/nouvelle-etude/le-rechauffement-planetaire-s-accelere-plus-vite-que-prevu.php
