6. La vie en HLM Le journal Le Devoir a publié, le 28 février, un excellent dossier de trois articles sur la vie dans les HLM de Montréal. Nous reproduisons ici le troisième de ces articles. Par Jessica Nadeau - Le Devoir
«Ma recette, c’est la positivité» « Être une mère célibataire, sans amis, sans famille, c’est sûr que ce n’est pas ce que j’avais envisagé. C’est dur par moments, mais bon, on fait avec, hein ? On finit par s’habituer… »
Pour Véridienne Ngilimo Zeze, mère de cinq filles, dont des jumelles de 6 mois, la vie n’a jamais été facile. Entre les biberons, le souper, les courses, les devoirs et le ménage, le quotidien est une course contre la montre. Sans compter les efforts colossaux pour boucler son budget chaque mois.
Pourtant, elle rit tout le temps. Un rire franc, en cascade, qui témoigne d’une résilience à toute épreuve. Un rire qui laisse filtrer aussi, à l’occasion, les déceptions des espoirs brisés. Mais Véridienne n’est pas du genre à s’apitoyer sur elle-même. « Ma recette, c’est vraiment la positivité, confie-t-elle. Même quand ça ne va pas, j’essaie toujours de me dire : “Ça va aller mieux demain.” »
Originaire du Congo, Véridienne est arrivée au Canada comme demandeuse d’asile en 2008. Après son mariage, elle s’est retrouvée, avec son bébé, dans une maison pour victimes de violence conjugale. Elle a eu deux autres filles d’une autre relation, qui n’a pas fonctionné. Puis, il y a quelques mois, elle a donné naissance à des jumelles, dont le père vit en Afrique.
Depuis huit ans, elle vit dans un HLM du quartier Rosemont, à Montréal. L’immeuble ne paie pas de mine, avec ses murs de briques brunes et ses balcons métalliques. Dans la rue, la neige s’est accumulée sur de vieux meubles abandonnés. Un couloir terne mène à l’appartement, un cinq et demie devenu trop petit depuis que la famille s’est agrandie. Les jumelles ont leur coin jeu dans le salon et elles dorment dans la chambre de leur mère. À travers les rideaux de perles qui séparent le salon de la cuisine, on entrevoit des boîtes sous une table surchargée. Le plombier envoyé par le bureau du HLM répare un dégât d’eau dans la salle de bain.
« Il y a toujours des petits pépins ici et là, on ne peut pas avoir la perfection, mais la base est là. On est quand même bien. » Les filles fréquentent le service d’aide aux devoirs directement dans l’immeuble. Véridienne, elle, s’implique dans le comité des locataires.
Un budget très serré Véridienne est reconnaissante de pouvoir se loger à si bon prix. À l’époque où elle travaillait, elle payait plus cher, mais ça restait encore largement en dessous des prix du marché. « Il faudrait être ingrate pour ne pas se trouver chanceuse ! » dit-elle tout en faisant chauffer le lait des petites qui s’apprêtent à aller faire la sieste. Sa plus vieille, âgée de 16 ans et demi, la seule qui comprenne le contexte particulier d’un HLM, n’est pas du même avis. « Elle n’aime pas ça, se désole Véridienne. Elle se sent un peu discriminée, c’est un peu une étiquette. Elle demande tout le temps quand on va partir. » Mais Véridienne sait très bien qu’elle n’a pas d’autres options.
Elle a beau couper dans tout ce qui n’est pas absolument essentiel, le budget reste extrêmement serré, surtout avec le coût des aliments qui a explosé ces dernières années. « Je priorise la base : la viande, les accompagnements, les fruits, les légumes. Et les collations [pour les filles à l’école], qui prennent carrément tout mon budget ! Et là, il y a les couches et le lait qui viennent de s’ajouter. »
À défaut de faire des sorties coûteuses, elles ont trouvé une activité qui leur permet de s’éclater sans dépenser un sou. « On danse tellement ! lance Véridienne, les yeux pétillants. On se fait des compétitions pour savoir qui se déhanche le mieux, on fait des danses africaines, des danses de partout. C’est notre activité préférée ! »
Elle rêve de reprendre ses études en psychologie, elle qui était infirmière dans son pays d’origine. Mais pour l’instant, seules ses filles lui importent. « Je veux vraiment être là pour mes enfants, les encadrer, les éduquer, les guider, les soutenir. Tout ce qu’une mère peut faire pour ses enfants. Je veux qu’ils soient heureux, qu’ils s’épanouissent dans la vie. C’est comme ça que je vois ma vie. »
 Photo: Adil Boukind Le Devoir
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